déc 13

Croisière mythique en Antarctique

En ce jour du 1er décembre 2013, nous embarquons pour le continent sauvage et glacial de l’Antarctique.

Contrairement à l’Arctique qui est un océan de glace entouré de continents, l’Antarctique est bien un continent entouré d’océans. Grand comme deux fois l’Australie, il n’appartient à personne ou plutôt à l’humanité qui a réussi à le protéger, à l’épargner, pour le moment, de l’exploitation et à le garder comme une terre pacifique utilisée uniquement comme base d’études scientifiques.

Le Sea ExplorerA bord du vaisseau baptisé Sea Explorer, nous décollons du port d’Ushuaia en début de soirée, remontons le canal de Beagle, cimetière de bateaux portant le nom du navire de Charles Darwin, et commençons notre traversée de l’océan sur le passage de Drake.

Deux jours vont être nécessaires pour atteindre les premières terres. À bord, nous sommes les passagers les plus jeunes mais également les seuls français. On pense qu’il aurait mieux fallu réussir d’abord dans les affaires du côté outre-Atlantique ou de la Chine pour se permettre ce genre de croisière. Des brushings dignes des plus belles saisons de Santa Barbara se laissent admirer mais, fort heureusement, ils ne sont pas monnaie courante.

Comment d’ailleurs justifier le prix pratiqué pour ce trip ? Le tarif, qui ne sera pas communiqué ici (classé sacrée défonce…de portefeuille) s’explique assez simplement : Une croisière en pension complète. Un bateau première classe de 90 mètres. 72 membres d’équipage de multiples nationalités pour 114 passagers. Un ratio incroyable pour une gestion au laser. Et une chambre-petit salon en bois verni refaite deux fois par jour.

Petite cabine cosyDe la cuisine de très bonne qualité. Des serveurs au petit soin. Avec un nœud-papillon de rigueur pour nous amener le menu du soir concocté par le chef indonésien. Un véritable gavage d’oie en bonne et due forme avant les fêtes de Noël chiliennes. Il paraît que le mal de mer est dix fois pire vécu le ventre vide. De ce côté là, la probabilité de se sentir mal tend alors vers zéro. Trois repas gargantuesques par jour, des doubles desserts, doubles plats, en veux-tu en voilà. C’est absolument royal. Le temps est venu de rattraper les kilos perdus.

Dans le restaurant du navireSans oublier l’accompagnement par des experts en biologie et les sorties quotidiennes sur la péninsule qui vont s’avérer fantastiques. On s’est permis un gros craquage pour Noël. En même temps, ça tombe bien, on va pouvoir rendre visite à ce vieux barbu ramoneur à col rouge, et conducteur émérite de rennes, dans sa résidence d’été du pôle Sud.

Le deuxième jour, nous passons la convergence Antarctique définie comme le point de rencontre entre les courants chauds tropicaux et les courants froids du continent. C’est cette rencontre qui favorise la formation du plancton et qui amène son lot de mammifères marins à emprunter ces eaux glaciales lors des migrations annuelles. A partir de là, nous pénétrons sur l’océan Antarctique.

Bien que très loin des terres, de nombreux oiseaux, parmi lesquels l’albatros (le plus large oiseau au monde qui ne pourrait exister sans les grands vents) et le pétrel nous suivent lors de cette traversée vers le Sud.

Suivi par des oiseaux PétrelCelle-ci se déroule paisiblement jusqu’à notre arrivée en vue des îles Shetland du Sud le soir du troisième jour. Le temps est venu de mettre pied à terre sur l’île de Deception Island.

On se chausse de bottes spéciales. Les premiers zodiacs sont mis à l’eau. L’arrimage s’effectue au milieu d’une caldeira anciennement utilisée comme base de baleiniers au début du siècle puis comme base militaire pendant la seconde guerre mondiale et enfin comme station météorologique avant d’être finalement laissée à l’abandon suite à deux éruptions successives.

Sur Deception IslandSi l’île est un ancien volcan, la température de l’eau reste glaciale mais certains sont quand même assez tarés pour tenter la baignade dans une eau à trois degrés.

Une première étape conclue sur cette île qui aurait pu bien porter son nom. L’endroit est intéressant mais pas franchement extraordinaire. Des doutes s’immiscent à ce moment-là mais seront vite dissipés par les journées qui vont suivre.

Au quatrième jour, nous restons sur les îles Shetland du Sud et arrivons sur le corridor froid et venteux du Yankee Harbour. La température extérieure n’est pas si froide mais le vent est particulièrement glacial. C’est le jour de la rencontre avec les premiers manchots. Le spectacle est incroyable.

Ballade de manchots papouDes colonies impressionnantes de manchots papou (Gentoo Penguin) forment leurs nids sur de la terre épargnée par la neige et partent de temps à autre dans l’océan glacé chercher du calamar et de la crevette. Ils ne semblent pas vraiment surpris de notre présence, nous ignorent mais attendent que nous soyons à bonne distance pour se frayer péniblement un chemin sur la neige. Ce manchot Adélie aura tout de même un petit regard pour nous avant de continuer sa marche erratique.

Face à un manchot AdélieOn rentre frigorifiés sur le bateau avant de repartir de plus belle pour rendre visite à nos amis les phoques sur la Half Moon Island. Déjà plus étonnés qu’une bande de primates multicolores viennent les déranger dans leur sieste continue, ils nous toisent les photographiant mais sont bien trop patauds pour tenter le moindre mouvement de repli vers un coin plus tranquille.

Dérangement de phoque En repartant des îles Shetland, un appel nous annonce la présence de baleines à proximité. On sort alors en trombe admirer le spectacle de baleines à bosse (Humpback whale) passant sur le côté du bateau. L’eau sombre mais suffisamment translucide nous permet de les apercevoir entièrement et de les capter pendant quelques instants.

Queue de baleine à bosseLa saison des baleines vient tout juste de débuter et atteindra son pic en avril. Marie, déjà aux anges grâce à cette rencontre, va totalement halluciner le lendemain lors de notre expédition en zodiac et de cette cinquième journée qui va s’avérer être la plus belle et la plus magique de toute la croisière.

Sur Danco IslandEn compagnie du sympathique guide biologiste Miko, on embarque ce matin-là pour une sortie en mer ensoleillée au milieu des icebergs bleus fluorescents de la baie proche d’Enterprise Island.

Petit bleu d'icebergAlors que nous nous dirigeons vers une vieille épave datant de 1915, le Sea Explorer nous invite à faire demi-tour. Une baleine de Minke a été aperçue dans le coin. Nous revenons vers le bateau et patientons. Sans prévenir, la baleine ressort alors à deux mètres du zodiac, passe et repasse en-dessous de nous avant de disparaître définitivement dans le grand bleu. Voilà une journée qui commence plutôt bien.

Tout près d'une baleine de MinkeQui se poursuit avec un bain de soleil, quelques burgers engloutis sur le solarium du bateau et la vision de créatures semblant perdues au milieu d’une mer d’huile extraordinaire.

Sur une mer d'huileL’après-midi, nous foulons enfin le sol de la péninsule Antarctique. Un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour un manchot, spécialement quand celui-ci, accompagné de son escadron de potes, effectue un chemin pas possible pour aller se nourrir et finalement perdre toutes ses calories lors d’une remontée interminable.

Escadron de manchots papouLà-haut, sur la colline, le point de vue donne la dimension de ce que nous sommes venus chercher. Cependant, bien plus grand et plus impressionnant que ce que nous avions imaginé, ce bout de bout du monde impose sa beauté froide et se montre dans toute sa splendeur.

Sur la péninsule AntarctiquePour couronner le tout et compléter sa liste au père Noël, Marie aura la chance de voir un groupe d’orques défiler ce même jour sur cette platitude bleu marine et la chance de surprendre l’un d’entre eux faire une apparition furtive en dehors de l’eau.

Revenons maintenant rapidement à cette histoire de manchots. Comment expliquer qu’une espèce soit aussi mal dotée ou se soit aussi mal adaptée, notamment à son environnement terrestre. Dans l’eau, ce sont comme des oiseaux dans l’air. Mais sur terre, c’est avec la coordination d’un enfant apprenant seulement à marcher ou avec la dextérité d’un Samos ondulant son corps sur le dance-floor, qu’ils tentent comme ils peuvent de faire leur route sur ces étendues blanches.

Sans parler du fait qu’ils tapissent la neige de jets de fiantes crémeuses irréels, parfois jaunes, tantôt rouges mais toujours avec le soin de s’en mettre plein la fourrure. Il est loin le mignon petit manchot immaculé.

La classe du manchot à jugulaire (Chinstrap Penguin)Ces petites créatures semblent parfois bien fragiles au milieu de cet environnement hostile. Un environnement si hostile qu’aucun homme n’y a d’ailleurs jamais élu domicile. À moins d’être scientifique, marin perdu ou tête brûlée, l’initiative semble compliquée. Et aussi puissant qu’il puisse paraître, l’Antarctique, fondamental à l’équilibre de la planète, pourrait lui aussi voir son équilibre perturbé par le réchauffement global. Quelques degrés de plus et ce pourrait être la chute…

Au bord de la chuteLes choses empirent déjà terriblement. L’Antarctique qui contient 90% de l’eau douce mondiale a vu sa température moyenne augmenter cinq fois plus vite que le reste du monde en l’espace de 50 ans. A supposer que les glaces du continent fondent entièrement, le niveau des mers s’élèverait de 60 mètres et la grande majorité de l’humanité boirait alors la tasse. Des chiffres assez flippants. Les générations futures verront bien comment ça se passe. En attendant, continuons ensemble, main dans la main, l’apprentissage du tri sélectif.

Une nouvelle génération de manchots ne devrait d’ailleurs pas trop tarder à voir le jour. Nous sommes dans la période de couvaison des œufs. D’ici quelques jours, les jeunes prendront le relais et feront partie du tableau. La très grande majorité des nouveaux-nés survivra. Seule une poignée sortira prématurément de sa coquille et se perdra entre les griffes de prédateurs comme l’albatros. Mais qui vivra, ou pas, verra…

Tableau de la rivalité entre manchots et albatros… Et verra, ou pas, ce phénomène spécifique aux pôles qui se produit sous nos yeux lors de ce sixième jour. En cette fin de journée, un halo de lumière, comme un arc-en-ciel parfaitement circulaire, vient entourer un soleil descendant timidement dans le ciel.

Le halo de lumièreAu septième jour, Dieu se reposa mais nous laissa le soin d’arriver à l’endroit le plus méridional de notre voyage. Nous arrivons dans la base argentine de Brown géolocalisée très précisément au point de latitude 64 53′ Sud et de longitude 62 53′ Ouest (précisons que le continent Antarctique n’est pas du tout à l’échelle sur cette carte).


Afficher Base Brown Antarctique sur une carte plus grande

Nous ne dépasserons pas le cercle Antarctique commençant plus au sud de la péninsule, là où les journées ne se terminent jamais en été et ne commencent jamais en hiver. Sur une mer d’huile et d’encre, on profite d’une dernière sortie en zodiac face à une impressionnante forteresse de glace.

Forteresse de glace sur mer d'encreNous commençons maintenant un lent retour vers le Nord. La dernière étape de la croisière a lieu au bout de la péninsule, à l’endroit où commence la mer de Weddell. Ici, la glace est suffisamment dense pour nous empêcher d’effectuer une dernière activité. Mais on se console amplement en voyant passer les gigantesques icebergs sans faire la connerie de faire comme le Titanic.

Un monstre d'icebergAprès dix jours passés avec les mêmes fringues, garde-robe minimale oblige, on commence gentiment à renifler l’odeur exécrable de ces mignonnes petites créatures de l’Antarctique. On aura cependant pris goût à cette croisière de luxe. Heureux d’avoir oser l’investissement. Un dernier dîner en compagnie de Béatrice et de Martina, deux sœurs suisses habituées à l’Arctique et aux séjours dans le grand froid canadien et nous refaisons désormais route vers Ushuaia. Arrivés sur le canal de Beagle, un comité d’accueil de dauphins nous réserve une démonstration de sauts à proximité de la coque.

Accueil de dauphins sur le canal de BeagleNous arrivons au port. L’aventure polaire s’achève. C’était l’occasion d’une vie. On cherche une idée pour voyager encore plus loin mais la lune n’est pas encore desservie par les vols commerciaux. Nous revenons sur Terre et commençons la remontée vers des températures plus clémentes. Le temps qui nous reste à voyager sera chilien.

déc 11

Sur la Terre de feu

Nous quittons Puerto Natales de bonne heure et arrivons un peu avant midi au détroit de Magellan qui sépare le continent sud-américain de la Terre de feu.

Le vent, violent et incessant, brinquebalant le bus dans l’attente du ferry, empêche de faire le passage de ce détroit emprunté pour la première fois par le grand navigateur portugais Magellan qui mis tout de même cinq bonnes semaines à le traverser entièrement cinq cents ans auparavant.

Face au détroit de Magellan

L’accalmie arrivera avec la nuit. Neuf heures d’attente interminables, entrecoupées d’observations de dauphins noirs et blancs, finalement ponctuées par une traversée rapide et un passage nocturne au poste douanier argentin.

Retardés par le vent, nous débarquons alors à Ushuaia en pleine nuit. Certains hôtels sont fermés, les autres sont complets. On reste dans la rue jusqu’au petit matin afin de mieux connaître les effets corporels d’une nuit glaciale. Le nom de terre de feu ne provient pas de la chaude température ressentie sur le trottoir mais peut-être de cette impression de feu sans fumée offerte par le lever du soleil sur cette terre australe.

Lever de soleil à Ushuaia

L’auberge dans laquelle nous débarquons finalement est un repaire à français. C’est bien la première fois que l’on voit autant de compatriotes rassemblés au même endroit. L’ambiance est top, propice à partager les expériences marquantes de voyage.

A part le fait qu’elle soit la ville la plus au Sud du monde, Ushuaia n’a pas grand intérêt en soi mais nous sommes spécialement venu jusqu’ici trouver une croisière de dernière minute pour l’Antarctique. On constate rapidement que tout est complet ou que les circuits proposés sont différents de ceux qu’on avait imaginé.

Nous écumons toutes les agences et les centres d’infos touristiques jusqu’à ce qu’on apprenne que deux places viennent justement de se libérer pour la prochaine croisière de 10 jours sur la péninsule Antarctique ! Exactement celle que l’on souhaitait. Une vague hésitation nous prend avant de faire péter le demi-LDD mais celle-ci est vite balayée par le fait que c’est une chance qui ne se présentera pas deux fois dans notre vie.

Petit vin de Patagonie

C’est décidé, payé et signé. On part pour l’Antarctique ! Ça se fête. Alors on trinque dignement avec un petit Malbec du bout du monde. Car c’est bien là que nous allons. Sur le dernier continent.

nov 30

Le W de Torres del Paine

Après avoir quitté la fraîcheur du Perito Moreno, nous voilà répartis sur la route en direction du Chili voisin. Un contrôle de police, fréquent en Argentine, vient compléter les formalités laborieuses du passage de frontière.

Bavardant sur notre étape à venir, nous regardons moutons, guanacos (famille des lamas) et autruches à travers la fenêtre du bus qui nous emmène vers la ville chilienne de Puerto Natales.

Notre parcours à Torres del PaineC‘est ici que nous préparons le trek du W dans le parc de Torres del Paine. Cinq jours sur ce parcours renommé en forme de W à travers des paysages majestueux. Nous louons du matos de camping (sac, matelas et tente) et stockons de la bouffe pour un nouveau régime d’addictopathe. 24 paquets de nouilles chinoises dont la monotonie culinaire est seulement troublée par la présence de quelques oreos et d’une tablette de chocolat (précisons au lait avec des amandes).

Préparation culinaire basiqueDans notre malheur du vol de nos affaires, Florent, rencontré dans la région de Salta, nous a généreusement et temporairement troqué son sac à dos contre ce vieux sac de sport que nous avions racheté en remplacement. Avec ce nouveau sac, nous sommes parés comme il se doit pour une bonne session de trekking.

Entrés dans le parc, nous attendons le départ du bateau qui fait la navette jusqu’à notre premier arrêt : le camping du lac Pehoé (camping Paine Grande). La couleur du lac et les couleurs des fleurs tapissant la rive laissent présager le meilleur.

Avant d'embarquer sur le lac PehoéFuyant les turpitudes du monde moderne, nous déployons notre tente au milieu d’un cadre naturel enchanteur. Ce premier jour, nous déposons nos sacs avant d’entreprendre la marche vers le mirador du glacier Grey.

Posés dans le camping PehoéGandalf est de retour ! Marie, pas totalement remise de sa blessure au genou, se dotera des pouvoirs de béquille d’un long bout de bois, un peu à la manière d’un magicien de l’ancien temps. Luttant contre les vents fouettant la partie Ouest du parc, nous parvenons ce jour à contempler de loin ce glacier aussi grand que le Perito Moreno.

Mirador du glacier GreyHabités par le plaisir de marcher au milieu de tapis de fleurs rouges, jaunes et violettes, nous avançons tranquillement jusqu’au camping Italiano, situé dans une forêt humide un peu glauque, déchargeons le fardeau de nos sacs avant d’entreprendre la montée à travers la vallée del Francés. Ce deuxième jour, le froid se fait sentir et la neige fait son apparition. A trois reprises, le grondement du tonnerre se fait même étonnamment entendre. Trois avalanches successives, créant au passage trois torrents de neige, se laissent apercevoir arrivés au niveau du mirador donnant sur la façade Ouest.

Mirador FrancésIgnorant les nuages masquant une partie des paysages, nous parvenons alors au niveau du camping Británico où le soleil vient miraculeusement donner la mesure des montagnes qui nous entourent.

Juchée en équilibre relatif sur son promontoire rocheux, Marie revient ensuite s’assoir à l’abri du vent et nous profitons ensemble de la vue sur les impressionnantes cathédrales de granit qui nous font face.

En haut de la vallée del FrancésKiffant la redescente vers le camping Italiano, nous reprenons nos sacs et partons terminer ce deuxième jour dans le camping de Los Cuernos. Les nuits sont fraîches et venteuses dans le coin. Bonnet sur la tête, chaussettes au pieds et boules Quiès dans les oreilles, le sommeil est entrecoupé régulièrement par le plaisir du dos et des hanches posés sur un sol bien dur.

Le matin du troisième jour, nous partons en compagnie de Thibaud, Véronique, Ulrich et Thelma, rencontrés un peu plus tôt sur le parcours. Une toute autre saison s’annonce. L’été vient pointer le bout de son nez. Crème solaire et tee-shirt sont de la partie pour nous mener vers notre prochaine étape nocturne du camping Chileno, situé à l’Est du parc.

La fine équipe près de Los CuernosMarchant et longeant ce magnifique lac répondant au doux nom imprononçable de Nordernskjöld, nous profitons de points de vue sur ces eaux turquoises laiteuses qui semblent appartenir à des régions tropicales pourtant si lointaines.

Ne négligeant pas les multiples recommandations concernant l’utilisation du feu dans le parc, une touriste ayant récemment réussie à cramer 10% de la végétation en utilisant son réchaud sur un chemin de randonnée, nous faisons halte de temps en temps, sans pouvoir cuisiner nos délicieuses nouilles bœuf-poulet, et profitons de la magie de ces lieux colorés par la myriade d’arbustes aux fleurs rouges.

Vue sur le lac NordenskjöldOccultant toutes les pseudo-galères passées, nous avançons sous le soleil, alternons marches montantes et descendantes, pauses bronzage et rafraichissements dans les nombreux cours d’eau purs provenant des glaciers situés en amont.

Profitant de ces arrêts sur la partie la plus longue du trek, nous observons, sur notre gauche, ces étonnantes montagnes marbrées vanille-choco de Los Cuernos.

Los Cuernos del PaineQuoi qu’il arrive, il semble difficile de se lasser de cette poésie naturelle offerte par le parc de Torres del Paine, spécialement lorsque le soleil et le bleu du ciel viennent enchanter l’ensemble.

Rares sont les animaux que nous rencontrons sur notre chemin. Différentes espèces d’oiseaux et des lièvres aussi gros que des renards se laissent apercevoir de temps à autre. Seul un vrai renard fouinant sur le camping Torres et une biche sur le chemin du mirador final viennent troubler la quiétude de notre marche.

Notre ami FoxSous un temps qui se dégage petit à petit le quatrième jour, nous partons à l’assaut de l’ultime étape. Une dernière marche montante depuis le camping Chileno vers le mirador des fameuses Torres del Paine. Un dernier dénivelé abrupt et rocailleux nous attend avant de pouvoir contempler le spectacle incroyable de ces trois pitons de granit, surplombant une lagune turquoise refroidie par les vents violents et secouée par les éboulements de pierres.

Face aux Torres del PaineTentant infructueusement le dernier jour de venir les contempler au lever du soleil, les Torres se faisant timides derrière les nuages et la pluie, celles-ci ne nous auront finalement accordées qu’une seule chance de les voir. Mais quelle chance ! Le temps, tellement variable, ne permet pas toujours de les admirer. Ce cinquième jour, nous redescendons ensuite vers l’hôtel Las Torres. Le temps a perdu de sa magie. Le timing est parfait. Nous quittons le W et repartons maintenant pour Puerto Natales.

Ushuaia est désormais notre prochaine destination. Le rendez-vous est pris sur la terre de feu. Là-bas, nous allons tenter de dégoter une croisière pour le bout du monde.

Vive l’Antarctique ! En espérant pouvoir y aller. Ce n’est pas encore fait. Les tarifs peuvent être phénoménaux sauf à la dernière minute.

W ! Ce trek de Torres del Paine nous aura comblé de bout en bout !

nov 28

Au Perito Moreno

Nous voilà revenus sur El Calafate. La pampa désertique et la température plutôt douce ne laissent pas présager l’existence d’énormes glaciers dans les environs.

Nous avions réservé plus tôt pour un tour organisé à la découverte du magistral glacier du Perito Moreno. Malgré notre aversion profonde pour les tours touristiques, il s’avère être le seul moyen d’aller fouler le sol de ce monstre de glace.

En arrivant en bateau sur le Perito MorenoOn part donc dans un petit groupe de 46 personnes pour une première étape en bateau nous amenant suffisamment près pour se rendre compte de sa taille et suffisamment loin pour éviter la chute d’un bloc de cinquante mètres qui, à défaut de nous écraser, nous enverrait danser la Polka du fait du mini-tsunami provoqué.
Pour donner une idée de la grandeurLa deuxième étape consiste en une petite ballade sur le dos du glacier. Arrivés sur place, on se met à l’apprentissage de la marche avec crampons qui donnerait presque envie de tenter l’expérience au piolet. Mais pas question de sortir des pointillés. Le petit manège est bien rodé pour ce petit tour voyant les groupes défiler à la chaîne.
Mini-trekking sur la glaceLe mini-trekking se conclut par un rafraîchissement écossais servi on the rocks of the Perito Moreno. Une façon comme une autre de briser la glace sur ce monstre bleu et blanc.
Un toast sur la glaceCar ce monstre en effet est bien vivant. Les torrents d’eau douce qui y serpentent sont autant de veines dans lesquelles il est possible d’étancher sa soif. L’oxygène, présent dans les parties plus récentes, lui confère cette couleur blanche. Son bleu profond provient des parties plus anciennes, plus compactées, ne laissant filtrer que ce niveau de couleur.
Zoom sur le Perito MorenoCe sont ses glaces anciennes, couplées avec quelques sédiments, qui donnent cet aspect laiteux au lac Argentino dans lequel il vient se jeter. Et le glacier gronde, craque sa carapace gelée à mesure qu’il croit, avançant de près de deux mètres chaque jour.

Sous le soleil, il a besoin de relâcher la pression en envoyant valdinguer régulièrement des pans entiers de glace dont la détonation résonne alors pendant plusieurs secondes au niveau des plateformes qui lui font face.

Vue depuis les passerellesOn regrette alors cet aspect bâclé de la dernière étape où l’on ne sera resté qu’une seule petite heure quant il faudrait au moins une demi-journée pour en faire le tour et pour rester à contempler le panorama incroyable offert sur ce gigantesque glacier.
Panoramique du Perito MorenoNous quittons maintenant l’Argentine pour un temps et rejoignons le Chili tout proche pour une grosse session de trekking.

nov 22

Trek et ballade à El Chaltén

Ici débute l’ère glacière de notre voyage. Bercé par les rafales de vent de la terre australe, notre avion parvient à se poser délicatement sur la piste tracée à travers la pampa de cette région mythique. Nous venons d’atterrir en Patagonie.

Nous survivons comme nous pouvons au décalage horaire de la dernière nuit blanche effectuée dans la capitale. La lueur de lucidité qui nous habite encore nous pousse d’abord à trouver un logement dans la ville d’El Calafate, porte d’entrée vers le parc de Los Glaciares.

Les prévisions météorologiques fluctuantes nous obligent à compléter notre garde robe avec des vêtements de pluie de randonnée et de qualité. L’objectif à suivre est de pouvoir admirer l’énorme glacier du Perito Moreno. Problème, les tours pour le contempler sous toutes ses coutures sont complets. On se décide donc à y revenir plus tard et à partir pour El Chaltén, présentée comme la capitale du trekking en Argentine.

Bienvenue à El Chalten !Nous sommes surpris de voir que la lumière du soleil est toujours présente à 22h. L’été austral arrive allongeant de plus en plus la durée des jours. La nuit sera longue également mais juste pour nous. Le lendemain, nous partons pour une grosse journée de trekking vers la Laguna Torre située au pied du mont de granit du même nom. Le temps, dégagé au début, devient de plus en plus chargé à mesure que nous nous approchons. Les paysages d’arbres dénudés sont fréquemment balayés par des vents froids et violents nous confortant dans le choix de nos nouvelles tenues de combat.

Petite ballade dans le bosqueIl est d’ailleurs difficile de savoir comment s’habiller durant le parcours. Dès que le vent retombe, on retire les couches d’oignons successives de nos vêtements avant de les remettre aussi sec dès que les rafales reprennent. Il nous arrive alors de lutter alors contre des vents contraires qui décapent pas mal.

Ballade vers la laguna TorreLa randonnée s’effectue au milieu d’un corridor de montagnes, longe un cours d’eau glacé bleu ciel, serpente dans une forêt de pins denses avant de finalement déboucher sur la Laguna Torre, immense plan d’eau servi frappé avec des glaçons.

Marie au milieu des glaçonsLes blocs de glaces ramenés sur la rive par le vent descendant du corridor proviennent du Glacier Grande que nous surplombons ensuite en remontant la crête Est de la lagune. On reste alors à contempler ce tiramisu géant saupoudré de terre chocolatée avant que le froid ne reprenne ses droits et ne nous incite à emprunter le chemin du retour.

Le Glacier GrandeCe jour-là, le Cerro Torre et son incroyable armature ciselée de granit se trouve sous un amas de nuages gris. Il se laissera heureusement contempler au matin de notre départ pour le Perito Moreno.

Apparition du Cerro TorreSur le chemin du retour, et après avoir eu la chance de rencontrer Bip Bip et le coyote aux États-Unis, on croise également le chemin de Woody Woodpecker qui n’a de cesse de se taper le bec contre du bois.

Woody WoodpeckerNous rentrons au bercail lessivés par ces 28 km de chemins montagneux parcourus en 8h. La préparation physique olympique effectuée sur Buenos Aires n’a pas franchement portée ses fruits. Des séquelles encore bien présentes nous imposent un repos complet et de suivre un tour entier du cadran de l’horloge.

La météo n’est pas au beau fixe ce deuxième jour. On souhaitait initialement faire le trek de la Laguna de Los Tres, située au pied du mont Fitz Roy, star des lieux et imposant mont de granit étant apparemment le paradis (ou l’enfer) des alpinistes chevronnés. Entièrement caché par les nuages et gardé par un vent de plus en plus violent, on se décide à une ballade plus tranquille dans les environs nous offrant des points de vue intéressants sur le lac Viedma et sur la ville d’El Chaltén.

El Chalten depuis le mirador des condorsLe matin de notre départ, le Fitz Roy daigne pourtant se montrer sous son plus beau jour. Tout comme le Cerro Torre, il exerce comme une espèce de pouvoir d’attraction. Ces montagnes sont réellement fascinantes et différentes de ce que l’on peut voir habituellement.

Le mont Fitz RoyMalheureusement, nous ne pourrons pas les approcher de plus près. Nous avons déjà réservés pour le Perito Moreno et, vu la mallette de dollars en jeu, nous ne pouvons nous permettre de le reporter.

Un dernier regard...Un dernier regard à travers la vitre du bus pour contempler ces deux monts et nous repartons pour El Calafate, en espérant que la météo garde cette belle tenue…

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